Le projet : Au fil des alpagas

Au fil des alpagas

Les alpagas sont le fil conducteur de notre projet, Au fil des alpagas. Ils représentent l’héritage d’une domestication vieille de plus de 5000 ans initiée par les bergers andins. Ces petits camélidés furent et sont encore élevés pour leur fibre douce, légère, soyeuse et incroyablement chaude, que le monde de la mode s’arrache à prix d’or. Autour d’eux s’articule une multitude d’acteurs, qui écrivent chacun leur histoire de manière singulière.

Le paradoxe péruvien

La majeure partie de la laine d’alpaga est produite et transformée selon des traditions ancestrales au Pérou. Les alpaqueros (éleveurs d’alpagas péruviens) vivent souvent dans de petites fermes, sans électricité ni eau courante, au rythme des bêtes et de la nature. À plusieurs milliers de mètres d’altitude, l’accès à la civilisation est difficile, et les animaux restent le seul revenu de ces peuples « hors du temps ». Non loin de là, à Lima et Arequipa, des centaines d’ouvriers trient, nettoient et filent la laine brute à un rythme effréné. Elle est amenée par les « collecteurs » chargés de regrouper la laine des montagnes pour l’apporter dans les manufactures. Ces quelques usines se partagent l’exclusivité péruvienne du filage de la laine, et contrôlent ainsi une grande partie du marché mondial de fil d’alpaga. Une fois filée en bobines et pelotes, elle peut être transformée directement par ces mêmes grands groupes, ou par des sous-traitants plus artisanaux. Les produits finis sont achetés par une riche clientèle occidentale et asiatique au mode de vie souvent luxueux, bien loin de ces ouvriers qui ignorent la civilisation moderne pour laquelle ils travaillent.

Le pragmatisme anglais

Si la grande majorité de la précieuse laine est produite dans les Andes (Pérou, ou encore Bolivie) on voit aujourd’hui apparaître des alpagas dans les pays industrialisés (Australie, Nouvelle-Zélande et Europe). En Angleterre, les grandes plaines verdoyantes ont su accueillir ces animaux à forte capacité d’adaptation. D’abord composé par de petits troupeaux familiaux, l’élevage d’alpagas s’est ensuite intégré dans une filière agricole fonctionnelle. Les cheptels se sont agrandis, et quelques filatures ont vu le jour, permettant aux éleveurs de valoriser assez efficacement la laine. Initialement élevés pour le loisir, les alpagas ont pris de l’importance et font désormais partie intégrante du dynamisme agricole local. La qualité génétique des troupeaux est aujourd’hui une référence, et les autres éleveurs européens n’hésitent pas à traverser la Manche pour acheter des reproducteurs au prix fort.

Au fil des alpagas

La passion française

Le charme de l’alpaga n’a pas échappé à notre beau pays. Les petits camélidés sont importés en France dès 1994, dans l’objectif d’associer à une laine de qualité un savoir-faire tisserand hérité de nos ancêtres. Malheureusement, agrandir les élevages avec des animaux de qualité coûte cher, et vendre les animaux pour leur « bonne bouille » aux particuliers est finalement plus rentable. L’élevage s’est ainsi rapidement concentré sur la vente d’animaux guidée par les préférences des clients qui recherchent avant tout un animal mignon et sympathique, bien ignorants des qualités que devrait présenter la toison. Malgré tout, certains producteurs passionnés et tenaces participent à des concours européens avec leur bêtes pour se faire connaitre et mettre en valeur les quelques produits finis qu’ils vendent. En effet, une quarantaine d’éleveurs déterminés s’est réunie pour former une association afin de regrouper la laine de l’année et créer des produits finis grâce à des filatures étrangères. Ainsi, alors que le savoir-faire textile qui dynamisait autrefois certaines régions s’éteint progressivement, les éleveurs les plus tenaces sont encore à la recherche de solutions pour valoriser la fibre qu’ils produisent.

Un reportage, plusieurs vies

Notre projet vise à aller à la rencontre de ces femmes et ces hommes péruviens, anglais et français qui partagent les mêmes métiers à des milliers kilomètres, dans des contextes sociaux presque opposés.

À travers notre regard d’agronome, nous découvrirons cette filière hors norme, en interrogeant ses acteurs souvent originaux et passionnant. Nous vous dévoilerons les différentes techniques, de la production à la transformation : élevage, nettoyage des fibres, cardage, filage, tissage/tricotage.

À travers notre regard d’étudiant et de voyageur, nous partirons en quête de visages, de mots, de sons, de sourires ou de larmes de citoyens du monde qui, unis autour d’un même fil, diffèrent par leur vie toute entière. Ce projet sera une aventure autour du globe bien sûr, mais aussi autour du temps (les techniques ancestrales péruviennes s’opposant aux techniques mécanisées actuelles).

À travers des mots d’écrivains débutants, nous essaierons de dresser des portraits capables de retransmettre l’émotion de ces rencontres. Quelques ateliers d’écriture et de nombreuses relectures sont au programme, afin de parvenir au résultat escompté : le partage.

À travers nos objectifs, nous souhaitons vous dévoiler ambiances, paysages, regards, couleurs qui font vibrer chaque jour de notre aventure.

Notre projet ne met pas seulement trois filières en parallèle, mais vise surtout à croiser les regards, à partager des tranches de vies du XXIème siècle au travers de la filière d’une laine prisée qui exige par sa complexité, un savoir-faire rare et convoité.

Suivez le fil des alpagas !